Un débat mené au niveau européen
Français, Allemands et Polonais étaient dans le même bateau du 26 au 28 avril derniers. Ils étaient venus plancher sur les corrélations entre développement de l'économie aquacole et amélioration de la qualité des eaux littorales, sur une invitation du centre de recherche Agrocampus-Cempama de Beg-Meil (29).

Fondée voici trente ans à Argenton, à une trentaine de kilomètres de Brest, la station Ifremer (1) dirigée par René Robert est un havre baignant dans des eaux de qualité, loin de toute industrialisation indésirable.
« Ici, nous nous intéressons essentiellement aux animaux, les mollusques, que nous suivons de la larve à l'adulte, explique le chercheur. La partie analyse chimique de l'eau est étudiée par un autre laboratoire Ifremer situé à Brest ».
Afin d'assurer l'obtention de juvéniles de qualité, René Robert et son équipe reproduisent toutes les conditions du milieu naturel dans lequel évoluent habituellement les palourdes, coquilles Saint-Jacques et autres huîtres : « Nous mesurons l'impact exact des variations d'oxygène, de température, de salinité ou de nourriture sur le cycle de croissance et de reproduction des mollusques. Les données fournies nous permettent d'aider les écloseries commerciales à optimiser leurs gains, tout en améliorant la qualité des produits sortis ».
Le cas de la mer Baltique
Lors de la rencontre « Aquaculture et Environnement » organisée à Beg-Meil en avril dernier, il a pu répondre aux questions de ses homologues allemands et polonais sur les impacts des pollutions sur la production aquacole dans une mer comme la Baltique. Depuis une quarantaine d'années, cette mer semi fermée est en effet dans un état très préoccupant. Outre les activités de pêche, la pollution liée à l'urbanisation et à l'industrialisation, ainsi qu'à l'intensification de l'agriculture dans les bassins versants que peuplent quelque 80 millions d'habitants, pose de véritables enjeux écologiques. « En mer Baltique, la pollution par les métaux lourds pourrait engendrer des problèmes comparables à ceux que nous avons connus dans le bassin d'Arcachon avec le TBT (2) il y a quelques années. Les mollusques sont en effet des filtreurs très sensibles, qui accumulent les toxiques ».
Les contacts entre chercheurs sont pris. L'échange d'expérience peut commencer. Un prochain rendez-vous a d'ores et déjà été fixé.
CB
1 La station expérimentale d'Argenton est un laboratoire de « pays » qui appartient au département de Physiologie fonctionnelle des organismes marins d'Ifremer (PFOM), auquel est également rattaché le laboratoire Adaptation reproduction nutrition (ARN), spécialisé dans la recherche piscicole.
2 Le tributylétain (TBT) a très longtemps été utilisé dans les peintures antisalissures pour les coques des bateaux.
Contact : René Robert, tél. : 02 98 89 51 05, rene.robert@ifremer.fr
LA POLYCULTURE : PLUS PROCHE DE L'ÉCOSYSTÈME
Biochimiste et directeur de l'entreprise allemande « Coastal Research and Management » (CRM) (3) , Levent Piker était présent à Beg-Meil pour exposer à ses collègues français et polonais, les vertus de la polyculture marine, une technique déjà très répandue en Asie.

Sciences Ouest : Quel est l'intérêt de la polyculture marine ?
Levent Piker : La polyculture consiste à associer des espèces d'animaux complémentaires. L'intérêt est nutritionnel : la nourriture qui n'est pas consommée par les poissons profite aux moules ou aux huîtres qui se nourrissent de particules en suspension. Sinon elle se mélange aux matières fécales, elles-mêmes absorbées par les producteurs primaires comme les algues ou par le phytoplancton, qui sont consommés à leur tour par les bivalves. Mais la polyculture se rapproche surtout des conditions naturelles de l'écosystème.
S.O. : Est-ce une pratique courante en Allemagne ?
L.P. : CRM a débuté des tests en polyculture l'année dernière avec la moule bleue, Mytilus edulis et l'algue brune Laminaria Fucus. En laboratoire, nous avons constaté que toutes les deux grandissent bien mieux si elles sont placées ensembles. En fait, le principal risque est l'eutrophisation (4) , qui survient lorsque le milieu reçoit trop de matières nutritives assimilables par les algues qui alors prolifèrent. La solution que nous tentons de promouvoir est donc une approche de polyculture « off shore » en mer Baltique.
S.O. : La polyculture a-t-elle un avenir en Bretagne ?
L.P. : Je pense qu'il y a de réelles potentialités pour développer une polyculture maritime en Bretagne. Les richesses littorales de cette région s'y prêtent parfaitement. Grâce à ces débats, nous avons ouvert quelques pistes de réflexions que nous pourrions poursuivre, notamment en nous tournant vers l'Asie, où l'aquaculture en rivières, en rizières, en étangs et en mer est une pratique très développée, et où la polyculture est en progression depuis le début des années 80.
Contact : Levent Piker, levent.piker@crm-online.de
Propos recueillis par Christophe Blanchard
3 Basée à Kiel, cette petite entreprise spécialisée en biotechnologies collabore à de nombreux projets financés par l'Union européenne.
4 L'eutrophisation conduit à une diminution de la teneur de l'eau en oxygène et par conséquent à l'asphyxie progressive de certaines formes de vie aquatique.

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